Note publique d'information : Depuis des décennies, la médecine humanitaire est assurée par des femmes et des hommes
volontaires pour remplir des missions en territoire étranger. Qui sont-ils sur le
plan sociologique? Quelles ont été les difficultés rencontrées et les conséquences
ressenties après leur première mission, notamment sur le plan psychologique ? Peut-on
agir préventivement pour mieux affronter le stress, les échecs ou les blessures consécutives
à ces missions? Une étude descriptive a été menée à l'aide d'un questionnaire anonyme,
diffusé par courriel à des médecins. Le seul critère d'inclusion était d'avoir participé
à au moins une mission humanitaire à l'étranger lors de leur vie professionnelle.
Les difficultés ont été évaluées selon une échelle de type échelle visuelle analogique
(EVA) échelonnée de 0 à10. Cent-vingt-trois réponses ont été rendues et exploitables.
Le profil sociologique montre une grande diversité d'âge, de statut familial (notamment
l'existence ou non d'enfants dans le foyer), de culture religieuse et d'orientation
politique. La première mission était le plus souvent organisée par une ONG de taille
réduite, en Afrique, au sein d'équipes comptant peu d'expatriés voire un seul médecin,
et avec des activités très variées (clinique, enseignement, organisation ... etc).
Les principales difficultés décrites sont liées avant le départ à l'inquiétude liée
à l'incompétence médicale (EVA: 3.7110); pendant le départ, au sentiment de frustration
de ne pouvoir faire plus (EVA: 6.1/10), à l'ampleur des besoins vis à vis des moyens
(EVA: 5.5/10), à de nouvelles procédures de travail compte-tenu du contexte (EVA :
3.9/10), à la violence des situations médicales rencontrées (EVA : 3.8/10) et à la
confrontation à une misère intense (EVA: 3.5/10); après le retour, liée à la souffrance
de quitter le pays d'affectation (EVA: 3.2/10), à la culpabilité de quitter les bénéficiaires
de la mission (EVA: 3.1/10) et à quitter les coéquipiers de la mission (EVA: 3.4/10).
Des symptômes de stress aigu en retour de mission sont décrits chez 12% des médecins.
Finalement, 95 % jugent le bilan positif et 88 % souhaitent repartir en mission. L'étude
a montré que 88 % des médecins interrogés ne disposaient d'aucune formation préalable
dans le domaine humanitaire, 72% d'entre eux estimant qu'une formation en médecine
humanitaire serait nécessaire. Un profil-type des professionnels de santé impliqués
en médecine humanitaire n'existe pas, tant sur le plan sociologique que professionnel.
Leur activité lors de leur première mission est très polyvalente. Le contexte rencontré,
en zones de guerre, de catastrophe naturelle, et plus généralement dans les pays défavorisés
provoque de réelles difficultés lors de la première mission. Leur intensité et les
conséquences dans le temps avec de possibles séquelles psychologiques incitent à penser
qu'une formation et une préparation psychologique seraient nécessaires avant un premier
départ en mission humanitaire. Les ONG devraient être plus sensibilisées à ces risques.
Leur prévention et la prise en charge des troubles au retour de toute mission humanitaire
devraient être non pas une possibilité offerte aux médecins mais une mesure systématique
voire obligatoire suivant les recommandations existantes