Note publique d'information : Cette thèse s’interroge sur les conditions de constitution à l'échelle internationale
de publics concernés par les effets de la violence en Colombie. Elle vise essentiellement
à en identifier les vecteurs et les modalités. Elle tente ainsi de déceler les raisons
qui expliquent pourquoi la violence colombienne n'est pas devenue, sauf moments d’exception,
un problème majeur retenant attention de publics internationaux. La réflexion est
conduite ici à partir d'un travail d'observation, de description et d'analyse de la
manière dont deux acteurs tentent de rendre visible la problématique colombienne sur
la scène internationale. D'une part, les journalistes étrangers (plus précisément
les correspondants de la presse francophone et anglophone) qui rendent compte des
faits majeurs de violence, et d'autre part, certains types de militants transnationaux
qui essaient de construire des causes pour mobiliser des publics à l'échelle internationale.
Au lieu de traiter séparément les activités de ces deux acteurs, cette thèse met
en perspective, en prêtant attention à la façon dont les récits journalistiques ouvrent
des champs d'actions potentiels aux militants et à la façon dont les causes promues
par les militants parviennent à avoir un écho dans les médias en dernier ressort,
il s'agit de considérer comment un espace public ou des espaces publics voient le
jour au niveau international. Les questions fondamentales abordées tout au long des
sept chapitres de cette thèse sont les suivantes: quels sont les cadres à travers
lesquels les spectateurs lointains de la violence colombienne (en l'occurrence des
citoyens français) ont normalement saisi cette réalité? Quels événements locaux ont
eu un retentissement significatif sur la scène médiatique internationale et quels
récits ont alors élaboré les médias pour en rendre compte? Quel est le degré de politisation
des migrants colombiens installés en France et quel rôle y ont joué les ressortissants
colombiens politisés dans la mise en scène au niveau international de la problématique
colombienne? Pourquoi le phénomène du déplacement forcé des populations n'a pas acquis
une visibilité importante sur la scène internationale ? Quels types de mobilisations
transnationales ont déclenché les appels de solidarité lancés en direction du milieu
associatif français pour protéger les populations déplacées? Quels facteurs expliquent
la visibilité centrale du problème des enlèvements à l'échelle internationale? De
quelle manière ont émergé et agi les comités de citoyens qui se sont battus pour la
libération d'Ingrid Betancourt et des autres personnes séquestrées en Colombie? En
répondant à ces questions, la thèse explique ce qui fait barrage à l'émergence et
à la stabilisation de publics qui, à l'échelle internationale, seraient en mesure
de se sentir concernés par les effets de la violence colombienne. Elle éclaire par
ailleurs les raisons pour lesquelles la notion d’espace public international, tout
en étant utile pour analyser les processus de mise en visibilité internationale des
crises localisées, doit être évoquée avec pondération et prudence
Note publique d'information : This thesis examines the conditions under which publics affected by the effects of
violence in Colombia are formed on an international scale. It essentially intends
to identity vectors and modalities. It attempts to also reveal reasons that explain
why the Colombian violence has not become, except for some exceptional circumstances,
a major issue that retains international attention. Reflection is based on observation,
description and analysis of the manner in which two actors attempt to make the Colombian
situation visible in the international scene. On one hand, foreign journalists (more
precisely the correspondents of the French and Anglo-Saxon press) recount the major
acts of violence; on the other hand, certain kinds of transnational militants try
to construct causes to mobilize publics at the international level. Instead of treating
the activity of these two actors separately, this thesis puts them in perspective
by noting the manner in which the journalistic accounts open potential fields of action
for the militants and the manner in which the causes promoted by the militants echo
in the media. Ultimately, it is a question of examining how a public space or public
spaces grow at the international level. The fundamental questions addressed throughout
the seven chapters of this thesis are the following: what are the frames through which
spectators distant from the Colombian violence (in this case French citizens) have
normally understood this reality? What local events have significantly retained the
international media scene and which stories has the media elaborated to recount the
local events? What is the degree of politicization of Colombian migrants settled in
France and what role have the politicized Colombian nationals had in the mise en scene
of the Colombian issue at the international level? Why has the phenomenon of forced
displacement of populations not acquired significant visibility on the international
scene? What kinds of transnational mobilizations have sparked calls for solidarity
from the sector of French associations to protect the displaced populations? What
factors explain the central visibility of the problem of kidnappings at the international
level? ln what manner have committees of citizens that fought for the liberation of
Ingrid Betancourt and other kidnapped people in Colombia emerged? By responding to
these questions, this thesis explains what impedes the emergence and the stabilization
of public that, at the international level, would be in a position to feel affected
by the effects of the Colombian violence. It also clarifies the reasons why the notion
of an international public sphere, while useful to analyze the process of rendering
localized crises internationally visible should be evoked with balance and prudence