Note publique d'information : Alcira, petite fille de quatre ans au début du récit, vit en famille avec sa soeur,
Mariana de quatre ans son aînée, sous l'autorité d'un père gérant de banque qui n'hésite
pas à « corriger » sa fille cadette et d'une mère au foyer qui ne parvient pas réellement
à accepter le handicap de sa fille aînée. Car Mariana, l'éternelle « petite soeur
» est atteinte de troubles neurologiques moteurs incurables. Alcira raconte ou plus
exactement fait émerger du passé les scènes ayant marqué la relation presque symbiotique
qu'elle entretient avec sa soeur au long des 13 années de leur vie commune. La voix
d'Alcira, celle de Mariana qui exprime tant bien que mal les nécessités du corps de
manière exigeante et oppressante, celle de Jorge, un ami d'enfance, ou les voix des
parents, par des interventions ponctuelles, alternent pour tenter de dire, d'expulser
l'inacceptable, l'abus de pouvoir, la violence : violence faite à Mariana à sa naissance,
violence familiale, violence ordinaire, celle du regard des autres, violence sociale
enfin puisque la montée du péronisme sert de toile de fond au récit. Mais pour montrer
aussi comment, afin de contourner la douleur, échapper à une forme de folie et retrouver
l'envie de rire, Alcira trouve refuge dans la compagnie d'un ami imaginaire, Toto,
le dessin, puis l'écriture, au fur et à mesure que la fillette grandit et s'ouvre
au monde et aux autres. Alicia Kozameh parvient plus encore qu'à superposer les strates
du temps et du souvenir, à les rendre contemporaines, offrant par la même un travail
de mémoire très singulier servi par une écriture rude et poétique. Alicia Kozameh,
écrivaine argentine dont le parcours aura été marqué par ses années de détention comme
prisonnière politique de 1975 à 1978 est l'auteur de plusieurs romans : "Pasos bajo
el agua", "259 sauts, un immortel", "Basse danse", "Natatio aeterna" et "Eni Furtado
no ha dejado de correr", de récits, "La peau même en offrande", et d'un livre de poésie
: "Main en vol".