Note publique d'information : Tous nous connaissons la joie, mais nuancée par la conscience de notre finitude. L'idée
d'une joie parfaite, dont Spinoza nous dit qu'elle est sagesse, apparaît le plus souvent
suspecte. La seule sagesse que l'on accorde d'ordinaire, c'est la lucidité. Le sens,
privilège de l'homme, est aussi paradoxalement son préjudice. Qui oserait en effet
sans arrogance prétendre au bonheur? On peut bien s'arranger avec "les joies de l'existence",
mais ce qui en revanche paraît plus problématique, c'est la possibilité singulière
de la joie tant y fait obstacle l'existence de la violence et du mal. Pourtant, pensée
comme affect et non plus simplement comme affection, elle se révèle fondatrice en
ce qu'elle n'exige aucune cause extérieure, présence dans son rapport d'immédiateté
à l'instant vécu, passage de la douleur à la sagesse, et puissance de conversion et
d'action ; cette puissance s'offre à l'exercice d'une praxis, affirmatrice et créatrice,
ayant comme terrain l'ensemble du réel, et la joie elle-même pour l'objet. Parce que
la joie, recel énigmatique de la conscience, est irréductible au concept, elle impose
d'examiner l'expérience : l'interrogation porte sur l'art, la demeure propre de l'affect,
pour tenter de dégager sa relation privilégiée au sacré, au silence et au corps. En
peinture nous avertit Merleau-Ponty, la pensée se fait geste. En musique, elle se
fait résonance. Pratiquer le geste, pratiquer la résonance, telle pourrait être la
tâche de l'artiste. Pratiquer la joie dans le geste, dans la résonance, ou dans leur
contemplation, celle du sage? Un détour heuristique par la philosophie esthétique
et la musique savante de l'Inde du nord renforce la signification de la joie et de
sa pratique : comprise sous la catégorie de la "béatitude", érigée en substantialité
même de l'expérience esthétique, elle paraît alors se concevoir comme un sens possible
pour l'art.
Note publique d'information : Everyone experiences joy, yet still conscious of being finit. The idea of perfect
joy, referred to as wisdom by Spinoza, is commonly regarded as dubious. The only wisdom
that we usually indulge in is lucidity. Paradoxically, meaning, man's privilege, is
also his prejudice. For, who could dare to lay claim to happiness if not with arrogance
? One can surely make do with «the Joys of Existenc », but what seems more problematic
is the singular possibility of joy, thowrted as it is by the prevalence of violence
and evil. However, if considered as affect rather than as mere affection, it can turn
into a founding force, in that it requires no external cause, a presence in its immediate
link to the instant lived, a passage from suffering to wisdom and a force of conversion
and action ; such force fits in with a practice of a praxis, assertive and creative,
whose field of application is the entire reality and whose object is joy itself. An
enigmatic affect of conscience, joy can't be reduce to any concept and requires thus
the examination of experience : the question deals with art, the very shelter of affect,
in order to try and point out its particular relationship to the sacred, the silence
and the body. According to Merleau-Ponty, in painting, thought becomes gesture. In
music, it becomes resonance. Practising gesture, practising resonance, such could
be the artist's task. Practising joy in gesture, in resonance or in their contemplation,
could this be the wise's ? A heuristic detour through aesthetic philosophy and Classical
Music from Northern India highlights the meaning of joy and of its exercise : falling
into the category of bliss, raised to the very substantiality of aesthetic experience,
it can be regarded then as a possible meaning for art.