Note publique d'information : Monument de la littérature européenne du haut Moyen Âge, le Waltharius se distingue
des autres épopées latines de cette époque par un caractère composite d’où il tire
toute sa séduction mais qui le rend encore, malgré les très nombreuses études qui
lui ont été consacrées, passablement énigmatique. Son héros, Walther, une magnifique
bête de combat qui réussit à lui tout seul à vaincre et à tuer onze adversaires lancés
contre lui dans un défilé des Vosges, est une très belle incarnation de l’héroïsme
guerrier scandinave ou germanique. Mais la finesse d’un clerc érudit a su lui donner
aussi des résonances nouvelles. Sentimentales, d’abord, grâce à l’amour plein de délicatesse
qui l’unit à sa fiancée Hildegonde, toujours présente à ses côtés, selon un schéma
narratif sans doute emprunté aux romans de l’antiquité gréco-latine. Chrétiennes voire
humanistes, ensuite, à travers un regard acéré qui met à nu les faiblesses du vieil
héroïsme guerrier, menacé par des vices comme l’orgueil, la colère ou la cupidité
qui seront fatals aux adversaires du héros et l’amèneront lui-même à perdre la main
droite. L’astucieuse reprise de vers empruntés à des poètes latins comme Prudence
et Virgile tisse tout un réseau d’allusions que le lecteur attentif se doit de décrypter.
Ainsi se crée peu à peu un climat ludique où tout le monde est invité à jouer, l’auteur
avec le lecteur ou avec ses héros, et le héros lui-même avec ses adversaires qu’il
affronte en des joutes verbales autant que guerrières. Cette œuvre originale et forte
a jadis été datée du début du xe siècle et attribuée à Ekkehard Ier, abbé de Saint-Gall
dans les Alpes suisses. On incline maintenant à la faire remonter au milieu ou au
début du ixe siècle et à voir en elle, malgré son atypisme, l’un des plus brillants
représentants de ce qu’on a coutume d’appeler la « renaissance carolingienne »