Note publique d'information : Guide de montagne : aujourd'hui une activité marginale dite a vocation produisant
un imaginaire fort. Observateur participant ou plutôt acteur en position d'historien,
je propose de la déconstruire à travers l'histoire des guides de 1780 à 1960. Inventé
avec la montagne touristique à la fin du XVIIIe siècle, le guide, un montagnard-paysan
voit cette activité comme un prolongement de l'exploitation de la montagne : il tient
sa légitimité de sa résidence, de sa connaissance de la montagne, à ses yeux comme
à ceux de son client bourgeois. "Les guides, c'étaient tous des paysans des montagnes,
d'abord" m'affirme le guide de Gavarnie, G. Adagas. Néanmoins, à Chamonix seulement,
les montagnards-guides parviennent à imposer une compagnie avec des règles fondées
directement sur l'exploitation communautaire de la montagne. Ailleurs, les alpinistes
imposent nettement leur pouvoir en déclassant le guide : son savoir considéré comme
"instinctif" leur permet d'élaborer des agencements d'exclusion. Le guide est un sous-alpiniste.
Domestique de son client, le montagnard-guide reste un subalterne "fidèle et dévoué"
apprenant une montagne redessinée et appropriée par le client : une dépossession sensible,
paradoxalement, à travers l'expression "le pas du montagnard". Dépendant de l'alpiniste,
comme le rappelle la nature même des sources, le montagnard-guide doit s'adapter,
à partir de 1930, aux nouvelles activités de loisirs en montagne. Devenir alpiniste,
comme à Chamonix, ou disparaitre, comme dans les Pyrénées avec le primat de l'escalade,
un processus de renversement des positions apparait : le guide tend à devenir le maitre
du couple client-guide. Á partir de ce point d'inflexion vers 1930-1950, se joue un
remplacement du montagnard-guide par l'alpiniste devenu guide et néo-montagnard. Une
montagne réinventée, définie par les activités sportives. Du montagnard-guide-paysan
a l'alpiniste-guide-montagnard, l'évolution reflète largement celle de la société,
ici et ailleurs...
Note publique d'information : Labelling the activity of mountain guides as vocational has turned it into a sideline,
into imagery. As an inheritor of this imaginary construction, as an observer, an actor
and a historian, I propose here to upset it by writing a history of mountain guides
from 1780 to 1960. The mountain guide came into existence as soon as mountains were
viewed as touristic sites. However, the guide himself considered his profession as
a mere extension of his usual farming activity in a mountain environment. In his own
eyes - and in his client's, usually middle-class person - he delved his legitimacy
from his dwelling place and his long familiarity with the mountain. Nevertheless,
only in Chamonix could the mountain guides set up and impose a company with established
rules directly resulting from a communitarian exploitation of the mountain. In contrast,
anywhere else the strangers and the alpinists were the real power, and they managed
to outclass the guide. Considering his knowledge of mountain environment as purely
intuitive enabled them to devise exclusion procedures such that the mountain guide
now just ranked a as sub alpinist. A mere servant of his client, the local mountain
guide remained a loyal and faithful underling and had to become acquainted with the
mountain as it had been appropriated and remodeled by the client. In view of his dependence
on the alpinist, which is evident from the available sources, the mountain guide had
to adapt himself after 1930 to the new trends in mountain resort business - to become
an alpinist, as in Chamonix or to vanish, as in the Pyrenees. However, a turn of the
tide occurred in the period going from 1930 to 1950, with the guide now appearing
as the leader in the pair. In the process the local mountain man acting as a guide
has been changed into a full-time alpinist, a professional, in short a new type of;
mountain man. A new mountain has been reinvented, marked by sport and leisure activities,
an evolution that has its counterpart in the society at large.